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La voie selon le Maître zen Lin Tsi (entretien n° 21)

Tenryu et Kakukai Eison en entretien

Tenryu et Kakukai Eison en entretien

Je vous le dis : il n’y a pas de Bouddha, il n’y a pas de Loi ; pas de pratiques à cultiver, pas de fruits à éprouver. Que voulez-vous donc tant chercher auprès d’autrui? Aveugles qui vous mettez une tète sur la tête ! Qu’est-ce qui vous manque?
C’est vous, adeptes, qui êtes là devant mes yeux, c’est vous-mêmes qui ne différez en rien du Bouddha-patriarche! Mais vous n’avez pas confiance et vous cherchez au dehors. Ne vous y trompez pas : il n’y a pas de Loi au dehors; il n’y en a pas non plus qui puisse être obtenue au dedans de vous-mêmes.
Plutôt que de vous attacher à mes paroles, mieux vaut vous mettre au repos et rester sans affaires.
Ce qui s’est produit, ne le laissez pas continuer ; et ce qui ne s’est pas encore produit, ne le laissez pas se produire.
Cela vaudra mieux pour vous que dix années de pérégrinations.

Rinzai ; Entretiens de Lin Tsi 21

Sutra du Kesa – Pierre Châtel 2014

kesaya

kesaya

 

Tous nos tissus, physiques et psychiques, sans début ni fin,

Qui traversent des myriades d’états depuis des temps sans commencement,

Mais parfois rejetés, piétinés, blessés, déchirés.

Loques ruminées par les bœufs – obsessions,

Loques rongées par les rats – rancunes,

Loques calcinées par nos passions – brûlures,

Loques souillées par le sang des naissances et des morts.

***

Mais, dans la pratique profonde, accueillie sans commentaire ni jugement,

Indifférente à ses propres tourments, mais sensible aux tourments d’autrui,

S’opère le détachement des incrustations,

La teinture, imprégnation d’harmonie entre tous les êtres,

Et dans la pratique d’attention profonde à chaque instant, la couture des divisions séparées.

***

Surgit ainsi le Kesa aux mérites infinis, vêtement de libération,

Que nous portons au plus haut de notre être,

Et avec lui, l’enseignement de l’ouverture des yeux et du cœur sur la réalité,

Pour sauver tous les êtres.

 

Jean-Marc Bazy à Pierre Châtel, juin 2014

 

Soutra du Kesa

kesaya

*2013-02-23 09.10.06

Dai sai geda puku 

Muso fukuden e  

Hi bu nyorai kyo

Ko do shoshu jo

*

Immense vêtement de libération,

Issu des souillures et des linceuls des hommes,

De ces loques éparses et rejetées,

Puis lavées, teintes et cousues ensemble,

A présent avec respect je le pose sur le plus haut de mon être.

Il est le vêtement de l’éveil et du bonheur illimité.

Avec lui je porte l’enseignement du Bouddha pour aider tous les êtres.

kesaya*

L’Octuple Sentier – 9. Conclusion

_MG_2112Conclusion

Ce qu’il est important de bien comprendre, c’est que les 8 embranchements de l’octuple sentier fonctionnent tous ensemble.

Généralement, dans l’école du zen, nous considérons que c’est la pratique de la méditation, qui en est la base.

Mais cette base reste limitée sans un effort juste, qui se traduit par une pratique collective et individuelle régulière.

La méditation juste sans une pratique de l’attention, ne peut pas fonctionner: si nous ne sommes pas attentifs à notre corps, à notre respiration, il ne peut y avoir cette libération par traversées successives des différents états que nous rencontrons, en allant toujours au-delà d’une stagnation dans chacun de ces états.

S’il n’y a pas une compréhension juste, il est fort probable que, ne comprenant pas le sens de notre pratique, nous allons très vite nous lasser, nous décourager et abandonner la pratique.

S’il n’y a pas une pensée juste, alors il faut s’inquiéter, car en l’absence d’une pensée de compassion, de bienveillance, il manque quelque chose dans la compréhension profonde de la pratique. Maître Deshimaru décrivait la pensée juste comme la conscience hishiryo, étant non seulement une pensée de compassion, mais aussi une pensée complètement libre, qui ne stagne sur rien.

Tous les aspects de l’octuple sentier sont reliés, interdépendants et ne concernent pas seulement les disciples du petit véhicule qui ont souvent été traités avec un peu de dédain par les penseurs du Mahayana, considérant que l’idéal du bodhisattva était nettement supérieur. Tout ce qui est de l’ordre du coeur, de la bienveillance, de l’attention aux autres, fait partie de l’octuple sentier.

Cet enseignement, il faut d’abord le connaître, s’en souvenir. D’ailleurs dans l’attention juste, il y a la mémoire et parfois, on parle de la mémoire juste. Ne pas avoir de mémoire, c’est ne pas être attentif. Se rappeler, cela veut dire pouvoir pratiquer constamment, que cela devienne une sorte de leitmotiv, la chose à laquelle nous pouvons repenser dans la journée pour saisir toutes les occasions de pratiquer cet octuple sentier.

Il est vrai que dans le zen, on dit souvent : “On fait zazen, on s’assoit et puis inconsciemment, naturellement et automatiquement, la voie se réalise”, croyant qu’en faisant zazen, tout va se résoudre de soi-même.

Si nous faisons zazen, nous plantons effectivement une base solide pour la pratique de la voie, mais si le Bouddha s’est donné la peine d’enseigner l’octuple sentier, c’est que tous les éléments de l’octuple sentier, et pas seulement la méditation, avaient leur importance, à condition qu’ils soient reliés à la pratique de zazen et qu’ils en soient l’émanation.

 

L’Octuple Sentier – 8. La méditation juste

La méditation juste

 

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Le dernier aspect de l’octuple sentier, c’est la méditation, le dhyana, la pratique de la concentration. Pour nous, c’est le zazen. Il n’est pas nécessaire de le développer beaucoup parce que vous le pratiquez tous déjà, et pourtant, c’est ce qui devrait être le plus développé parce que c’est la source de tout.
Dans l’enseignement des quatre nobles vérités et dans l’octuple sentier, la concentration juste appelée pratique de dhyana est enseignée un peu différemment de la manière dont est enseignée la pratique de zazen. C’est ce qu’on appelle la pratique des quatre étapes de dhyana.
Cela revient exactement au zazen mais c’est expliqué d’une manière plus didactique. Le Bouddha lui-même a souvent insisté sur ces quatre étapes de dhyana.
La première étape, c’est l’étape dans laquelle nous laissons tomber tout ce qui est de l’ordre des bonnos, des poisons, c’est-à-dire l’avidité, la haine, toutes les émotions négatives qui nous traversent dans la vie quotidienne. Nous nous asseyons en zazen et nous laissons tomber cela.
Nous laissons tomber également l’agitation, la somnolence, tout ce qui peut troubler. Subsiste dans cette première étape tout ce qui est de l’ordre de la réflexion, de l’observation, de la compréhension, de la pensée.

***

Dans la deuxième étape, nous laissons tomber tout ce qui est de l’ordre de la conscience personnelle, du mental qui réfléchit. C’est cela qui est effectif dans la pratique de zazen. Nous ne sommes pas en train de réfléchir, de cogiter, de méditer au sens traditionnel du terme. Nous laissons passer les pensées comme des nuages dans le ciel. Sans nous y attacher, nous les traversons.

***

En fait, les quatre étapes de dhyana, sont des traversées : première étape, on traverse tout ce qui est perturbations mentales de la vie quotidienne ; deuxième étape, nous traversons tout ce qui est de l’ordre de la pensée intellectuelle, de la réflexion ; troisième étape, nous traversons ce qui est de l’ordre des émotions plus subtiles comme la joie d’être là en zazen, d’avoir réussi à se libérer des émotions les plus négatives, de l’agitation, etc. Cette joie- là, le Bouddha disait qu’il fallait aussi la traverser, parce que si nous nous accrochons à la joie de la pratique, celle-ci restera limitée, c’est-à-dire que nous allons être tout le temps en train de rechercher cette joie de la pratique.

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Enfin, le quatrième aspect que l’on traverse également sans s’y arrêter, c’est le bonheur de la pratique. Le bonheur est plus stable que la joie. La joie, c’est une émotion, donc cela va et cela vient. Le bonheur, c’est déjà quelque chose de plus stable. Même le bonheur que nous avons à pratiquer, nous le traversons, nous ne nous y attachons pas car sinon, cela va de nouveau limiter notre pratique.

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Finalement nous aboutissons à un état d’équanimité, c’est-à-dire de grand calme intérieur, de sérénité, qui n’est perturbé ni par les émotions négatives de colère, de haine, de jalousie, d’impatience, ni par la joie ou le bonheur auxquels nous risquons de nous attacher et qui risquent de limiter notre pratique.
La pratique de l’octuple sentier a essentiellement pour sens, non d’arriver à un état de bonheur, mais d’arriver à un état de complète liberté ; libre de toute émotion, de toute stagnation, de tout attachement à quelque état que ce soit.
C’est la raison pour laquelle la pratique de dhyana est la pratique d’un esprit qui ne demeure sur rien. La pratique de zazen, c’est vraiment la méditation de la liberté de l’esprit qui devient comme un torrent de montagne, qui dévale une pente sans s’arrêter. Même s’il y a des obstacles, des rochers, il les contourne et il continue à dévaler la pente.

L’Octuple Sentier – 7. L’attention juste

 

Pour le Bouddha, l’attention juste était la source de l’éveil. Dans le sûtra de Satipatthâna qui est venu peu après le sermon de Bénarès, il parle des quatre types d’attention juste, et à la fin de ce sûtra, il dit :

“Si vous pratiquez cela pendant dix ans, vous ne manquerez pas de réaliser la voie”, et puis “si vous le pratiquez pendant un an, vous ne manquerez pas de réaliser la voie.” Et à la fin, il dit : “Et même si vous ne pratiquez cela qu’une semaine, vous ne manquerez pas de réaliser la voie”, c’est-à-dire vous ne manquerez pas de réaliser l’éveil. Enfin, il disait qu’il avait réalisé l’éveil en pratiquant cette attention juste.

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L’attention juste, c’est d’abord être attentif à son corps et à sa respiration. Cela inclut donc pour nous la manière de pratiquer zazen. Mais c’est aussi être parfaitement conscient et centré sur son corps à tout moment de la vie quotidienne, corps et esprit complètement en unité avec ce que nous faisons. Nous pouvons à chaque instant revenir à une conscience de notre respiration et c’est une source d’éveil, de calme, de concentration fondamentale, d’apaisement des émotions.

Dans un premier temps, être attentif à sa respiration, c’est observer comment nous respirons. Est-ce que ma respiration est longue ou courte, profonde ou superficielle ? D’où est-ce que je respire, avec le haut des poumons, avec le ventre ? Est-ce que je respire avec tout le corps ou avec seulement une toute petite partie du corps ? Est-ce que j’expire à fond ou est-ce que je n’expire pas à fond ?

L’attention à la respiration ne va donc pas être séparée de l’action juste. Il ne va pas y avoir d’action juste si nous ne sommes pas centrés dans notre respiration parce qu’à ce moment- là, nous allons agir sous l’effet de l’impulsion, d’une émotion, d’une manière mal contrôlée avec des gestes et des paroles désordonnées si nous sommes dans un état d’agitation. Alors que si nous sommes attentifs à notre respiration, la réponse a beaucoup plus de chances d’être appropriée, d’être juste. Tout cela, c’est le premier aspect de l’attention juste.

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L’attention juste porte ensuite sur les sensations, qui peuvent être agréables, désagréables ou neutres. C’est être bien conscient de ce qui se passe en nous ici et maintenant. Si c’est agréable, ne pas s’attacher à l’agréable, si c’est désagréable, ne pas nécessairement rejeter le désagréable, mais être capable de reconnaître la sensation et de la traverser, d’aller au-delà. C’est ne pas constamment courir après l’agréable et fuir le désagréable. Il s’agit de tenir compte de ce qui arrive sans le dramatiser. Nous pouvons aussi nous appuyer sur nos sensations pour nous rendre compte que si nous éprouvons quelque chose de désagréable, il y a peut-être aussi quelque chose de réellement toxique dans la situation et qu’il vaut mieux changer ce qui se passe. Ce n’est pas seulement se changer soi-même.

Toute la pratique de l’octuple sentier est essentiellement axée sur le fait de se changer soi-même. La voie spirituelle n’est pas faire la révolution et changer le monde. Mais notre monde est conditionné par les attitudes de chacun et nous sommes un des éléments de la situation. Par conséquent, être soi- même concentré et attentif, va être un élément de changement de la situation extérieure. Il ne faut pas oublier que soi et le monde sont complètement interdépendants et que si nous avançons un tant soi peu sur la voie, nous faisons avancer également le monde dans lequel nous vivons.

L’attention aux sensations ne consiste donc pas seulement à les traverser, mais également à s’interroger sur ce que ces sensations nous disent de la situation. Elles sont aussi un signe (comme les émotions) qui peut nous guider vers le fait qu’il y ait quelque chose à faire.

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Le troisième aspect de la pratique de l’attention juste va être la compréhension de nos différents états d’esprit. C’est essentiellement la compréhension de “est-ce que je suis maintenant concentré ou dispersé, agité ou calme ? “

C’est être capable d’être très rapidement conscient de l’émotion dans laquelle nous nous trouvons de manière à capter la signification de nos émotions et de nos sensations. Parfois, la colère peut être justifiée parce qu’il y a quelque chose d’injuste. Mais être conscient de ses émotions, c’est surtout éviter de réagir impulsivement, car cela produit généralement de très mauvais résultats et c’est même dangereux. La pratique de zazen nous enseigne que, quelle que soit l’émotion, la sensation ou la pensée qui nous anime, lorsque nous faisons zazen, nous restons immobiles, ce qui nous permet de pouvoir différer la réaction, et donc de pouvoir agir non pas uniquement en réaction, mais en conscience avec un réel engagement.

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Enfin, le quatrième aspect de la pratique de l’attention, regroupe l’attention aux objets mentaux, c’est-à-dire, à toutes les pensées. C’est un champ extrêmement vaste. Le Bouddha y incluait même toutes les pensées qui concernent le Dharma, c’est-à-dire qu’il mettait dans l’attention aux objets mentaux, l’attention aux quatre nobles vérités, ce qui signifie qu’un moine doit être constamment attentif et se rappeler les quatre nobles vérités. Nous voyons donc bien dans cet exemple que la pratique de l’attention, qui est un des huit aspects de l’octuple sentier, inclut en elle- même la totalité de la voie du Bouddha.

 

Les Six Paramitas

 

_MG_1974La pratique des six paramitas est particulièrement développée dans le bouddhisme Mahayana et donc dans le Zen. On dit que chaque paramita contient toutes les autres.

Ces six perfections sont : la générosité, l’éthique, la patience, l’effort enthousiaste, la concentration, la sagesse.

 

La générosité (Dâna)

La générosité c’est l’intention du don avec une intention pure, c’est le don effectué avec une pensée de compassion. Il ne s’agit pas de pratiquer la générosité uniquement pour ceux qu’on aime, mais d’englober la totalité des êtres qui en ont besoin.

Le don n’est pas que matériel et on peut distinguer trois types de dons :

–          Le don d’objet, de bien matériel, d’argent,

–          Le don de la sécurité : protection de tous ceux qui ont peur ou sont menacés,

–          Le don du Dharma, d’explications sur la pratique du bouddhisme.

Le don doit être l’aboutissement d’une motivation juste, la générosité étant une philosophie de vie à part entière.

 

L’éthique (Shîla)

L’éthique consiste à s’exercer dans toute les attitudes du corps, de la parole et du mental et éviter tout acte négatif ou nuisible pour les autres. On peut distinguer trois sortes d’éthique :

–          L’éthique qui évite tout comportement négatif,

–          L’éthique qui met en œuvre des comportements positifs,

–          L’éthique qui accomplit le bien des autres.

 

La patience (ksânti)

La patience signifie avoir un esprit non perturbée par des émotions. On distingue plusieurs sortes de patience :

–          La patience face à ceux qui nous veulent du mal : diriger notre colère contre les causes qui amènent notre “agresseur” à agir ainsi et non vers la personne elle-même,

–          La patience face à ce qui nous dérange, face à la souffrance : ne pas sentir d’irritation et transformer la souffrance ou l’obstacle en appui,

–          La patience face à ce que nous ne comprenons pas : nous devons faire preuve de patience par rapport à la voie du Dharma et accepter que le chemin puisse être long.

 

L’effort enthousiaste (vîrya)

C’est une attitude déterminée, résolue et joyeuse à pratiquer le Dharma et atteindre l’éveil. Cette attitude s’oppose aux trois paresses :

–          La paresse qui remet à plus tard,

–          La paresse qui s’occupe d’autre chose,

–          La paresse qui se décourage devant les difficultés.

 

La concentration (dhyâna)

La concentration consiste en s’établir dans la méditation, maintenir son esprit concentré et atteindre le calme mental. On distingue trois degrés de concentration :

–          Le premier c’est de parvenir à la pacification mentale par la méditation,

–          Le deuxième consiste à développer les qualités propres à la médiation,

–          Le troisième amène à développer un état de concentration pour accomplir le bien des autres.

 

La sagesse (prajñâ)

La sagesse c’est la connaissance, l’intelligence; c’est la réalisation.

On distingue trois sortes de sagesse :

–          La sagesse conventionnelle : connaissances temporelles, qu’il s’agisse de culture, de sciences, tout ce qui touche au monde présent,

–          La sagesse ultime : réaliser le non-soi et l’absence des phénomènes,

–          La sagesse bénéfique aux autres : connaissance profonde des autres pour mieux les aider.

 

Extrait du site d’un pratiquant, Anshu,

de la lignée de Gudo Wafu Nishijima : http://zafu.eklablog.com/les-six-paramitas-a710466

 

L’Octuple Sentier – 6. L’effort juste

_MG_2035L’effort juste

L’effort juste est la première des trois directions que l’on peut regrouper dans un ensemble appelé la méditation : effort juste, attention juste et méditation juste.

Ainsi, ce que nous appelons l’effort juste, ce n’est pas l’effort forcené que nous pourrions faire avec un esprit de compétition avec nous- même pour atteindre un but. C’est plutôt l’effort constant, la pratique constante qui ne se décourage pas, qui n’aboutit pas à une mortification.

Il donc est important qu’il y ait un équilibre dans l’effort juste. Il est également important d’intégrer dans l’effort juste l’esprit mushotoku, car si l’effort est fait avec la motivation d’atteindre un résultat pour soi- même, cela va transformer la pratique en une sorte de quête de profit, qui sera l’opposé de la libération. Si nous nous efforçons par exemple de pratiquer pour obtenir le satori, si notre pratique est entachée du but d’obtenir quelque chose pour nous-même, et que pour cela, nous faisons énormément d’efforts, nous devenons alors les esclaves de la voie au lieu de rentrer dans une voie de libération.

L’effort juste, c’est pratiquer chaque chose comme étant la voie de la réalisation elle-même.

Ce n’est pas un effort en vue d’autre chose, mais c’est mettre toute son énergie dans le fait de pratiquer chaque chose comme étant la chose essentielle, et non pas dans une perspective dualiste d’un effort qui est un moyen pour atteindre autre chose.

Comme vous le savez, dans la vie sociale, il y a énormément de gens capables de faire des efforts, parfois pour le meilleur, pour de bonnes causes, mais aussi pour le pire. Donc l’effort seul n’est pas un signe d’évolution sur la voie qui dépend aussi de l’orientation de cet effort.

Dans la voie du zen, c’est essentiellement considérer chaque instant de la vie comme l’occasion de réaliser la voie, et en même temps, percevoir qu’à travers cette action, nous sommes reliés aux autres. Dans l’effort juste, il y a donc aussi l’effort qui consiste à pratiquer avec les autres, en tenant compte d’eux et en s’efforçant de créer ensemble les conditions d’une pratique qui permette d’avancer ensemble sur la voie, sans que nous soyons chacun en train de ramer seul sur notre petite barque.

 

C’est notamment ce qui se réalise dans une sangha, une communauté spirituelle de gens engagés dans la même direction de pratique de la voie : l’effort harmonisé de tout le monde aide chacun à avancer. Ce n’est donc pas un effort pour nous- même où nous essayons d’être les premiers à nous sauver en courant plus vite que les autres.

L’Octuple Sentier – 4. L’action juste

_MG_1948L’action juste

 

L’action juste est l’action qui respecte les préceptes (qui ne sont pas autre chose que l’expression de l’éveil comme le disait Bodhidharma : finalement tous les préceptes sont contenus dans la nature de Bouddha).

Le sens de l’éveil dans la voie du zen, c’est de s’éveiller à notre véritable nature. Si nous nous éveillons à notre véritable nature, les préceptes seront respectés : nous ne pourrons pas commettre de mal et faire souffrir les autres parce que nous serons animés par un sentiment de compassion … et les préceptes deviennent donc inutiles.

Mais avant cela, il y a souvent un long chemin à parcourir pour abandonner ses conditionnements et se purifier des « poisons » qui nous font souvent agir avec avidité ou agressivité. Sur ce chemin, les préceptes sont évidemment un bon guide pour éviter de créer de la souffrance et de tomber dans des actions qui ne sont pas justes.

Donc, dans l’ordre de l’action, ce sont essentiellement les préceptes de ne pas tuer , de ne pas voler, de ne pas s’intoxiquer et de ne pas créer de souffrances à travers la manifestation de ses désirs sexuels, c’est-à-dire en les laissant s’exprimer d’une manière égoïste, traitant l’autre comme un objet au lieu d’être un partenaire respecté et en direction duquel le désir sexuel va toujours de pair avec l’amour, la sympathie, la bienveillance et pas seulement avec le désir purement pulsionnel qui fait qu’il n’y a pas de lien entre l’action sexuelle et le sentiment.

En résumé, l’action juste, c’est l’action qui vise à nous faire véritablement actualiser notre pratique. Alors, l’action juste va être la pratique de ce qu’on appelle le gyoji, c’est-à-dire une pratique quotidienne qui va commencer par la pratique de zazen, qui est l’action juste par excellence. C’est-à-dire revenir régulièrement au dojo pratiquer, se ressourcer à ce qui va pouvoir inspirer le reste de nos actions, dans la vie quotidienne et dans l’esprit de la voie.