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Sutra du Kesa – Pierre Châtel 2014

kesaya

kesaya

 

Tous nos tissus, physiques et psychiques, sans début ni fin,

Qui traversent des myriades d’états depuis des temps sans commencement,

Mais parfois rejetés, piétinés, blessés, déchirés.

Loques ruminées par les bœufs – obsessions,

Loques rongées par les rats – rancunes,

Loques calcinées par nos passions – brûlures,

Loques souillées par le sang des naissances et des morts.

***

Mais, dans la pratique profonde, accueillie sans commentaire ni jugement,

Indifférente à ses propres tourments, mais sensible aux tourments d’autrui,

S’opère le détachement des incrustations,

La teinture, imprégnation d’harmonie entre tous les êtres,

Et dans la pratique d’attention profonde à chaque instant, la couture des divisions séparées.

***

Surgit ainsi le Kesa aux mérites infinis, vêtement de libération,

Que nous portons au plus haut de notre être,

Et avec lui, l’enseignement de l’ouverture des yeux et du cœur sur la réalité,

Pour sauver tous les êtres.

 

Jean-Marc Bazy à Pierre Châtel, juin 2014

 

Soutra du Kesa

kesaya

*2013-02-23 09.10.06

Dai sai geda puku 

Muso fukuden e  

Hi bu nyorai kyo

Ko do shoshu jo

*

Immense vêtement de libération,

Issu des souillures et des linceuls des hommes,

De ces loques éparses et rejetées,

Puis lavées, teintes et cousues ensemble,

A présent avec respect je le pose sur le plus haut de mon être.

Il est le vêtement de l’éveil et du bonheur illimité.

Avec lui je porte l’enseignement du Bouddha pour aider tous les êtres.

kesaya*

L’Octuple Sentier – 9. Conclusion

_MG_2112Conclusion

Ce qu’il est important de bien comprendre, c’est que les 8 embranchements de l’octuple sentier fonctionnent tous ensemble.

Généralement, dans l’école du zen, nous considérons que c’est la pratique de la méditation, qui en est la base.

Mais cette base reste limitée sans un effort juste, qui se traduit par une pratique collective et individuelle régulière.

La méditation juste sans une pratique de l’attention, ne peut pas fonctionner: si nous ne sommes pas attentifs à notre corps, à notre respiration, il ne peut y avoir cette libération par traversées successives des différents états que nous rencontrons, en allant toujours au-delà d’une stagnation dans chacun de ces états.

S’il n’y a pas une compréhension juste, il est fort probable que, ne comprenant pas le sens de notre pratique, nous allons très vite nous lasser, nous décourager et abandonner la pratique.

S’il n’y a pas une pensée juste, alors il faut s’inquiéter, car en l’absence d’une pensée de compassion, de bienveillance, il manque quelque chose dans la compréhension profonde de la pratique. Maître Deshimaru décrivait la pensée juste comme la conscience hishiryo, étant non seulement une pensée de compassion, mais aussi une pensée complètement libre, qui ne stagne sur rien.

Tous les aspects de l’octuple sentier sont reliés, interdépendants et ne concernent pas seulement les disciples du petit véhicule qui ont souvent été traités avec un peu de dédain par les penseurs du Mahayana, considérant que l’idéal du bodhisattva était nettement supérieur. Tout ce qui est de l’ordre du coeur, de la bienveillance, de l’attention aux autres, fait partie de l’octuple sentier.

Cet enseignement, il faut d’abord le connaître, s’en souvenir. D’ailleurs dans l’attention juste, il y a la mémoire et parfois, on parle de la mémoire juste. Ne pas avoir de mémoire, c’est ne pas être attentif. Se rappeler, cela veut dire pouvoir pratiquer constamment, que cela devienne une sorte de leitmotiv, la chose à laquelle nous pouvons repenser dans la journée pour saisir toutes les occasions de pratiquer cet octuple sentier.

Il est vrai que dans le zen, on dit souvent : “On fait zazen, on s’assoit et puis inconsciemment, naturellement et automatiquement, la voie se réalise”, croyant qu’en faisant zazen, tout va se résoudre de soi-même.

Si nous faisons zazen, nous plantons effectivement une base solide pour la pratique de la voie, mais si le Bouddha s’est donné la peine d’enseigner l’octuple sentier, c’est que tous les éléments de l’octuple sentier, et pas seulement la méditation, avaient leur importance, à condition qu’ils soient reliés à la pratique de zazen et qu’ils en soient l’émanation.

 

L’Octuple Sentier – 6. L’effort juste

_MG_2035L’effort juste

L’effort juste est la première des trois directions que l’on peut regrouper dans un ensemble appelé la méditation : effort juste, attention juste et méditation juste.

Ainsi, ce que nous appelons l’effort juste, ce n’est pas l’effort forcené que nous pourrions faire avec un esprit de compétition avec nous- même pour atteindre un but. C’est plutôt l’effort constant, la pratique constante qui ne se décourage pas, qui n’aboutit pas à une mortification.

Il donc est important qu’il y ait un équilibre dans l’effort juste. Il est également important d’intégrer dans l’effort juste l’esprit mushotoku, car si l’effort est fait avec la motivation d’atteindre un résultat pour soi- même, cela va transformer la pratique en une sorte de quête de profit, qui sera l’opposé de la libération. Si nous nous efforçons par exemple de pratiquer pour obtenir le satori, si notre pratique est entachée du but d’obtenir quelque chose pour nous-même, et que pour cela, nous faisons énormément d’efforts, nous devenons alors les esclaves de la voie au lieu de rentrer dans une voie de libération.

L’effort juste, c’est pratiquer chaque chose comme étant la voie de la réalisation elle-même.

Ce n’est pas un effort en vue d’autre chose, mais c’est mettre toute son énergie dans le fait de pratiquer chaque chose comme étant la chose essentielle, et non pas dans une perspective dualiste d’un effort qui est un moyen pour atteindre autre chose.

Comme vous le savez, dans la vie sociale, il y a énormément de gens capables de faire des efforts, parfois pour le meilleur, pour de bonnes causes, mais aussi pour le pire. Donc l’effort seul n’est pas un signe d’évolution sur la voie qui dépend aussi de l’orientation de cet effort.

Dans la voie du zen, c’est essentiellement considérer chaque instant de la vie comme l’occasion de réaliser la voie, et en même temps, percevoir qu’à travers cette action, nous sommes reliés aux autres. Dans l’effort juste, il y a donc aussi l’effort qui consiste à pratiquer avec les autres, en tenant compte d’eux et en s’efforçant de créer ensemble les conditions d’une pratique qui permette d’avancer ensemble sur la voie, sans que nous soyons chacun en train de ramer seul sur notre petite barque.

 

C’est notamment ce qui se réalise dans une sangha, une communauté spirituelle de gens engagés dans la même direction de pratique de la voie : l’effort harmonisé de tout le monde aide chacun à avancer. Ce n’est donc pas un effort pour nous- même où nous essayons d’être les premiers à nous sauver en courant plus vite que les autres.

L’Octuple Sentier – 4. L’action juste

_MG_1948L’action juste

 

L’action juste est l’action qui respecte les préceptes (qui ne sont pas autre chose que l’expression de l’éveil comme le disait Bodhidharma : finalement tous les préceptes sont contenus dans la nature de Bouddha).

Le sens de l’éveil dans la voie du zen, c’est de s’éveiller à notre véritable nature. Si nous nous éveillons à notre véritable nature, les préceptes seront respectés : nous ne pourrons pas commettre de mal et faire souffrir les autres parce que nous serons animés par un sentiment de compassion … et les préceptes deviennent donc inutiles.

Mais avant cela, il y a souvent un long chemin à parcourir pour abandonner ses conditionnements et se purifier des « poisons » qui nous font souvent agir avec avidité ou agressivité. Sur ce chemin, les préceptes sont évidemment un bon guide pour éviter de créer de la souffrance et de tomber dans des actions qui ne sont pas justes.

Donc, dans l’ordre de l’action, ce sont essentiellement les préceptes de ne pas tuer , de ne pas voler, de ne pas s’intoxiquer et de ne pas créer de souffrances à travers la manifestation de ses désirs sexuels, c’est-à-dire en les laissant s’exprimer d’une manière égoïste, traitant l’autre comme un objet au lieu d’être un partenaire respecté et en direction duquel le désir sexuel va toujours de pair avec l’amour, la sympathie, la bienveillance et pas seulement avec le désir purement pulsionnel qui fait qu’il n’y a pas de lien entre l’action sexuelle et le sentiment.

En résumé, l’action juste, c’est l’action qui vise à nous faire véritablement actualiser notre pratique. Alors, l’action juste va être la pratique de ce qu’on appelle le gyoji, c’est-à-dire une pratique quotidienne qui va commencer par la pratique de zazen, qui est l’action juste par excellence. C’est-à-dire revenir régulièrement au dojo pratiquer, se ressourcer à ce qui va pouvoir inspirer le reste de nos actions, dans la vie quotidienne et dans l’esprit de la voie.

 

L’Octuple Sentier – 1. La compréhension juste

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La compréhension juste

Ce qu’on appelle compréhension juste, c’est essentiellement la compréhension de l’enseignement de base du Bouddha, c’est-à-dire des quatre nobles vérités.

 

La première de ces nobles vérités est la conscience que la vie est insatisfaisante pour différentes raisons. Avant tout, la vie est impermanente : même si elle contient du bonheur, ce bonheur est éphémère. Par conséquent, dans l’instant même où nous pouvons ressentir le plus grand bonheur, nous savons qu’il est conditionné par un certain nombre de circonstances, de causes. Ainsi, même si nous sommes heureux, nous savons que cela ne durera pas éternellement.

C’est le point essentiel qui provoque ce qu’on appelle l’esprit d’éveil, c’est-à-dire le désir de rechercher la voie dont nous espérons qu’elle nous amènera à un bonheur stable, à une libération de tout ce qu’il peut y avoir de conditionné dans notre existence, et donc de trouver un état stable, heureux, et libre, quelles que soient les circonstances.

Cette première noble vérité exige que nous comprenions la cause de cette souffrance. Il ne suffit pas de constater qu’il y a de la souffrance, du malheur, de l’insatisfaction. Il faut en comprendre la cause.

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La seconde noble vérité explique que la cause fondamentale de l’insatisfaction est non seulement l’impermanence, mais surtout notre propre réaction par rapport à l’impermanence.

L’insatisfaction provient de la méconnaissance de la réalité telle qu’elle est, de notre refus de la reconnaître parce qu’elle nous déplait et finalement nous élaborons toutes sortes d’illusions pour ne pas la voir, pour nous éviter de nous confronter à elle et de nous harmoniser avec elle. Nous créons désirs et attachements qui ne sont eux-mêmes pas satisfaisants.

Le Bouddha a beaucoup insisté sur les causes de la souffrance. Il a beaucoup développé ce qu’il appelait les « trois poisons » de l’esprit, c’est-à-dire l’ignorance qui déclenche l’avidité et la haine.

Nous-même ne pouvons que constater à quel point ces trois poisons fondamentaux sont causes de troubles tant au niveau individuel qu’au niveau des relations internationales.  Ces  « poisons » sont manifestement la cause de la souffrance.

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La troisième noble vérité est qu’il existe une possibilité de résolution de cette souffrance. Cette noble vérité n’a pas été très détaillée par le Bouddha : il a dit simplement qu’il y avait un état possible d’éveil, de libération, d’extinction des causes de la souffrance, dont on peut faire une expérience temporaire dans cette vie-ci, lors de certains états particuliers de méditation.

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La quatrième noble vérité énonce l’Octuple Sentier comme voie pour atteindre cet état de bonheur stable, inconditionné.

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La visée de l’enseignement de Bouddha et de notre pratique est donc d’atteindre cet état d’extinction des causes de la souffrance, cet état de vie en harmonie avec la réalité telle qu’elle est, qui peut nous donner la paix de l’esprit et nous faire vivre véritablement d’une manière harmonieuse, heureuse, paisible.

Ce qu’un bouddhiste entend par compréhension juste, c’est comprendre la vie, l’existence, de la même manière que l’a comprise le Bouddha, c’est-à-dire avec ses souffrances, avec ses causes de souffrance et avec la résolution possible de cette souffrance et comprendre aussi la méthode, la voie pour y parvenir. C’est cela que l’on entend par compréhension juste.

Il ne s’agit pas d’une compréhension scientifique, il s’agit de comprendre la voie spirituelle, de comprendre véritablement le sens de notre vie.

 

Compilé à partir d’un kuzen de Roland Yuno Rech

Les 4 Nobles Vérités et l’Octuple Sentier

 

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Après son éveil, le Bouddha a expliqué à Bénarès la quintessence de son expérience en énonçant les quatre nobles vérités (ou plus exactement les 4 vérités des nobles):

  •    La vie est insatisfaisante
  •    L’insatisfaction provient de la soif, de l’attachement à nos désirs
  •    L’insatisfaction cesse lorsque cesse l’attachement aux désirs
  •    On peut se libérer de l’insatisfaction en pratiquant l’Octuple Sentier

 

L’Octuple Sentier explique comment pratiquer de manière à avancer sur le chemin de la libération et expérimenter dans cette vie-ci un état inconditionné de cessation de souffrance et de libération.

La voie que le Bouddha a enseignée tout au long de sa vie, n’a été que des modulations de ce premier sermon et notamment de ce qu’il appelait l’Octuple Sentier.

 

L’Octuple Sentier se décompose en 3 grands thèmes:

  •   la sagesse : compréhension juste, pensée juste,
  •   l’éthique : parole juste, action juste, moyens d’existence justes,
  •   la méditation : effort juste, attention juste, méditation juste.

 

Dans le Zen, les trois aspects de l’octuple sentier (la sagesse, l’éthique et la méditation) sont appelés kai jo e (kai : les préceptes, jo : la méditation et e : la sagesse).

Ils sont considérés comme un tripode : s’il manque un pied, cela ne peut fonctionner, la voie ne peut pas être véritablement réalisée.