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Sutra du Kesa – Pierre Châtel 2014

kesaya

kesaya

 

Tous nos tissus, physiques et psychiques, sans début ni fin,

Qui traversent des myriades d’états depuis des temps sans commencement,

Mais parfois rejetés, piétinés, blessés, déchirés.

Loques ruminées par les bœufs – obsessions,

Loques rongées par les rats – rancunes,

Loques calcinées par nos passions – brûlures,

Loques souillées par le sang des naissances et des morts.

***

Mais, dans la pratique profonde, accueillie sans commentaire ni jugement,

Indifférente à ses propres tourments, mais sensible aux tourments d’autrui,

S’opère le détachement des incrustations,

La teinture, imprégnation d’harmonie entre tous les êtres,

Et dans la pratique d’attention profonde à chaque instant, la couture des divisions séparées.

***

Surgit ainsi le Kesa aux mérites infinis, vêtement de libération,

Que nous portons au plus haut de notre être,

Et avec lui, l’enseignement de l’ouverture des yeux et du cœur sur la réalité,

Pour sauver tous les êtres.

 

Jean-Marc Bazy à Pierre Châtel, juin 2014

 

Soutra du Kesa

kesaya

*2013-02-23 09.10.06

Dai sai geda puku 

Muso fukuden e  

Hi bu nyorai kyo

Ko do shoshu jo

*

Immense vêtement de libération,

Issu des souillures et des linceuls des hommes,

De ces loques éparses et rejetées,

Puis lavées, teintes et cousues ensemble,

A présent avec respect je le pose sur le plus haut de mon être.

Il est le vêtement de l’éveil et du bonheur illimité.

Avec lui je porte l’enseignement du Bouddha pour aider tous les êtres.

kesaya*

Le Zen en 30 questions à Gudo Wafu Nishijima

Ces questions ont été compilées par Gustav Ericson suite à des questions d’un groupe de pratiquants Suédois. Les réponses sont celles du Maître bouddhiste Zen Gudo Wafu Nishijima.

1. Que nous apporte la pratique de Zazen ?1267988178_resized

Zazen nous apporte l’équilibre du système nerveux autonome.

Dans le chapitre du Shobogenzo intitulé « Bendowa », Maître Dogen désigne un Zazen approprié par les mots « Jijuyo Zanmai».  Le premier terme, « Jijuyo », est la combinaison  de deux parties : « Jiju » d’une part et « Jiyo » d’autre part. « Jiju» signifie « nous accepter » et « Jiyo » correspond à l’utilisation de notre être par nous-même. Ainsi, nous pouvons interpréter « Jiju », comme l’action du système nerveux parasympathique, (qui régule / inhibe le système nerveux autonome, ndlr.) et « Jiyo» suggère l’action du système nerveux sympathique (qui active ou stimule le système nerveux neuro-végétatif, ndlr.) .

Le deuxième mot «Zanmai» désigne l’état d’équilibre du système nerveux autonome. Par conséquent, nous pouvons comprendre que les mots «Jijuyo Zanmai » désignent simplement le point d’équilibre du système nerveux autonome, notion développée par les avancées récentes en psychologie et en physiologie.

2. Quel est le sens des « Fleurs dans l’Espace » pour Maître Dogen?

« Fleurs dans l’espace» est le titre du chapitre 43 du Shobogenzo. Dans ce chapitre, Maître Dogen explique que l’approche bouddhiste des théories intellectuelles et des perceptions sensorielles met en avant leur vacuité (ni l’une ni l’autre n’ayant de substance propre,ndlr.),  mais insiste également sur l’aspect fondamental de ces deux approches, qui comme la thèse et l’antithèse sont nécessaires pour comprendre la réalité, par une approche dialectique entre la théorie et la perception, trouvant sa synthèse dans la philosophie de l’action.

3. Quel est le sens de la Transmission du Dharma?

Le chapitre 16 du Shôbôgenzô est intitulé  «Le certificat de transmission» et Maître Dogen y décrit la cérémonie de transmission du Dharma.

Ainsi, « Transmission » désigne la transmission du Dharma et «Dharma» signifie la vérité dans un sens bouddhiste, l’Univers, l’action véritable ici et maintenant, la Réalité elle-même. Par conséquent, « la transmission du Dharma » est l’acte par lequel un Maître atteste qu’un de ses disciples s’est éveillé à la Réalité.

4. Qu’est-ce qu’un Maître Zen?

Les mots «Maître Zen» peuvent être la traduction des mots japonais « Zen Ji ». Zen a la même signification dans les deux langues et «Ji» (ou «Shi») signifie un enseignant. Par conséquent, un Maître Zen signifie un enseignant de Zazen. Toutefois, nous devons être prudents dans la signification du mot « Zen »: dans certaines formes de bouddhisme, le mot « Zen » est utilisé, de façon surprenante, pour désigner quelque chose de mystique.

Ces formes de bouddhisme utilisent le mot «Zen» pour représenter une entité mystique particulièrement puissante. Je suis très sceptique sur l’existence d’une telle entité mystique, tant dans le bouddhisme que dans d’autres voies. Maître Dogen pour sa part déteste ce genre de mysticisme et l’a exprimé avec force dans le Shobogenzo (Livre 2, P. 62, L 12.):

«Les gens qui n’apprennent pas cette vérité par la pratique, ont un discours hasardeux et erroné. Ils qualifient de façon hasardeuse le « trésor de l’œil de la vraie loi du Dharma », de même que l’esprit clair du nirvana authentiquement transmis par les patriarches bouddhistes est qualifié de « secte zen» ;  ils appellent le vieux Maître « le patriarche Zen» ; ils appellent les pratiquants « étudiants du zen» ou « étudiants de dhyana» ; et certains d’entre eux se désignent comme « les écoles du zen ». Ceux-là sont des brindilles et des feuilles enracinées dans une vision déformée. Ceux qui se font appeler «secte zen » sont des « démons » qui cherchent à détruire la vérité transmise par Bouddha, car ceci n’a jamais existé, ni en Inde, ni à l’ouest, ni à l’est, aussi loin que l’on remonte dans le passé. Ce sont les ennemis indésirables des patriarches bouddhistes. «

Nous devons donc être très prudents dans l’emploi du mot « Zen ».

5. Qu’est-ce que l’intuition?

L’intuition est une capacité mentale qui a pour fonction d’aboutir à une conclusion qui transcende l’examen mental et la perception sensorielle. Lorsque le système nerveux sympathique est plus fort, l’examen intellectuel fonctionne bien, et lorsque le système nerveux parasympathique est plus fort, la perception sensorielle fonctionne bien. Mais lorsque le système nerveux autonome est équilibré, c’est directement l’intuition qui fonctionne bien.

6. Quelle est notre vraie nature originelle?

De manière générale, il nous est habituellement impossible de connaître notre vraie nature originelle,  parce qu’elle n’est qu’un fait, surgit ici et maintenant ; ainsi il est généralement impossible de saisir cette réalité de l’instant présent.

7. Quelle est la nature de Bouddha?

Dans le chapitre 22 du Shôbôgenzô intitulé «Bussho », ou « La nature de Bouddha »,  Maître Dogen explique la nature de bouddha comme suit (Livre 2, P. 6, L. 1.):

«Si vous voulez connaitre la nature de Bouddha, rappelez-vous que les causes, les circonstances et le temps réel ne sont que ce qu’ils sont ».

Donc la nature de Bouddha ne réside ni dans le passé ni dans le futur, mais elle existe dans l’instant présent.

Ainsi, nous pouvons penser que la nature de Bouddha est la Réalité dans le seul instant présent.

8. Qu’est-ce que le Paradis et l’Enfer?

Le Paradis étant une spéculation humaine, il en va de même pour l’enfer. Mais quand notre système nerveux autonome est équilibré,  c’est le Paradis, et quand notre système nerveux autonome n’est pas équilibré, il s’agit de l’enfer.

9. Qu’est-ce que la vie et la mort?

Quand notre cœur a cessé de battre et s’il ne devait plus battre à nouveau, cet état s’appelle la mort. En revanche, lorsque notre cœur bat tranquillement, sans s’arrêter, cet état s’appelle la vie.

10. Quel est le sens que le bouddhiste donne à la vacuité?

Le vrai sens de la vacuité dans le bouddhisme a été mal compris pendant tant d’années et assimilé au néant ou au vide. Mais si nous avons compris que le bouddhisme est une philosophie réaliste, il est impossible d’interpréter ainsi la vacuité. Dans le bouddhisme, la vacuité signifie que les choses ne sont que ce qu’elles sont. Une tasse est une tasse. Une tasse n’est jamais plus qu’une tasse, de même qu’une tasse n’est jamais moins qu’une tasse.

11. Qu’appelle-ton un meilleur Zazen ou un moins bon Zazen?

Il n’y a pas de meilleur Zazen ni de moins bon Zazen. Ce qui est différent de Zazen est moins bon et ce qui est juste Zazen est Zazen.

12. Qu’est-ce que l’éternité ?

L’éternité est une conception humaine. Mais l’action dans l’instant présent est l’éternité, car elle est enregistrée comme une réalité ici et maintenant,  qui ne pourra jamais être effacée.

13. Quelle est la signification du «Bodaisattva-Shishobo » de Maître Dogen? Pourriez-vous commenter les quatre règles de vie d’un Bodisattva ?

Le chapitre 45 du Shobogenzo est intitulé «Bodaisatta-shishobo» ou «Les quatre éléments des relations sociales d’un Bodhisattva ». Ces quatre éléments sont les suivants:
En premier lieu figure le don, en second les paroles bienveillantes, puis l’attitude secourable et enfin la coopération.

1) Le don: Quand notre système nerveux autonome est équilibré, notre avarice ne peut apparaitre.  Si quelque chose ne nous est pas nécessaire, il n’y a alors aucune raison pour que l’on refuse de le donner à autrui.

2) La parole bienveillante: Quand notre système nerveux autonome est équilibré, il est tout à fait spontané pour nous d’être poli avec les autres. Il est alors probable que ceux qui accueillent notre politesse en soient heureux.

3) L’attitude secourable: Quand notre système nerveux autonome est équilibré, ce sera un plaisir pour nous d’aider les autres. Et s’ils acceptent notre aide, ils se sentiront alors très heureux.

4) La coopération: Quand notre système nerveux autonome est équilibré, nous sommes toujours coopératifs dans un travail collectif. Ainsi l’objectif sera atteint beaucoup plus rapidement.

14. Qu’entendez-vous par «la vie n’est qu’un souffle» ?

Notre vie n’a de réelle existence que dans l’instant présent, or la durée du présent est toujours sa plus petite fraction. Penser le moment présent est donc beaucoup plus court qu’un seul souffle. Par conséquent, nous pouvons dire que notre vie est toujours beaucoup plus courte que la durée d’un souffle.

15. Quand faut-il transgresser les préceptes?

Nous ne devrions jamais transgresser les préceptes, mais parfois nous ne pouvons pas éviter cela. Toutefois vous ne devriez pas vous soucier du fait que vous avez enfreint les préceptes bouddhistes. En effet, il est absolument impossible pour vous de retourner dans le passé pour corriger votre erreur. Par conséquent, le mieux que vous puissiez faire est simplement de laisser vos erreurs dans le passé et de faire maintenant du mieux que vous pouvez.

16. Où serez-vous dans 100 ans?

Quand je mourrai dans quelques années, ce qui n’est pas si loin, tout va retourner au néant, y compris moi, et je prendrai un repos éternel.

17. Comment pouvons-nous nous comprendre?

Je pense qu’il est impossible pour nous de nous comprendre.

18. Que peuvent expliquer les mots est quelle est leur limite?

Nous pouvons tout comprendre, mais en même temps, notre comprehension ne peut jamais être la Réalité.

19. Est-il possible d’enseigner le zen?

Il est possible pour nous d’enseigner Zazen, mais il est nécessaire pour chacun de pratiquer Zazen par lui-même.

20. Est-ce que Zazen a un objectif?

Zazen a un but. Le but de Zazen est la pratique de Zazen elle-même.

21. D’où venons-nous, pourquoi sommes-nous ici et où allons-nous?

Je pense que les réponses à ces questions pourraient être hors de portée pour les êtres humains.

22. Comment pouvons-nous  abandonner gloire et profit ?

Lorsque notre système nerveux autonome a trouvé son équilibre, il devient tellement ennuyeux de rechercher la gloire et le profit que l’on accordera beaucoup plus d’intérêt à poursuite de la vérité.

23. Pourriez-vous s’il vous plaît nous en dire plus sur la période que vous avez passé en Mandchourie pendant la guerre ? Quel était le nom de la ville dans laquelle vous vous trouviez?

Cette ville a été appelée Songo en japonais, et se situait dans le nord-ouest de la Mandchourie près du fleuve Amour. C’était une simple ville militaire pour l’armée japonaise. Mais comme à cette époque, il n’y avait heureusement pas de combats dans cette région, il nous suffisait de monter la garde.

24. Pourriez-vous s’il vous plaît nous en dire plus sur votre retour au Japon après la guerre?

En Juin 1945 j’ai été affecté à Himeji City au Japon dans le but de protéger le Japon lui-même. J’ai donc voyagé le long de la côte orientale de la Corée dans des situations plutôt dangereuses et la guerre s’est achevée alors que j’étais dans la ville de Himeji au Japon.

25. Comment Zazen peut nous aider à être heureux?

L’état le plus heureux que nous puissions connaitre est la pratique de Zazen.

26. Comment pouvons-nous pratiquer zazen dans nos tâches quotidiennes?

Depuis mon installation dans ma nouvelle demeure, où je vis actuellement, j’ai commencé à cuisiner moi-même et j’ai réalisé clairement que cette activité a toutes les caractéristiques de l’action. Ainsi, ma cuisine peut être aussi une pratique bouddhiste, même si je fais Zazen deux fois par jour.

27. Qu’est-ce que la vérité?

La Réalité est la Vérité. Par conséquent l’Univers est aussi la Vérité.

28. Quelles sont vos citations préférées du Shobogenzo et pourquoi?

«C’est uniquement sur les instants qui s’égrainent un à un que s’appuye l’Esprit Rouge»  (Shobogenzo Livre 1, P. 211. L. 1.). L’expression «Esprit Rouge » signifie «esprit sincère » qui est une description de la vie quotidienne pour Maître Dogen.

29. Comment un Maître Zen peut aider un étudiant?

Un maître bouddhiste peut aider ses élèves en enseignant la philosophie bouddhiste, en guidant leur vie quotidienne, en pratiquant zazen ensemble et en transmettant le Dharma bouddhiste.

30. Dans votre vie, comment avez-vous remarqué que Zazen est une pratique efficace ?

Je me suis un peu bonifié avec le temps.

Avec tous mes meilleurs vœux

Gudo Wafu Nishijima

Traduit de l’Anglais par Fabrice Seishin Hogyo et Marie

Relecture par Philippe Kakukai Eison B.

L’Octuple Sentier – 9. Conclusion

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Ce qu’il est important de bien comprendre, c’est que les 8 embranchements de l’octuple sentier fonctionnent tous ensemble.

Généralement, dans l’école du zen, nous considérons que c’est la pratique de la méditation, qui en est la base.

Mais cette base reste limitée sans un effort juste, qui se traduit par une pratique collective et individuelle régulière.

La méditation juste sans une pratique de l’attention, ne peut pas fonctionner: si nous ne sommes pas attentifs à notre corps, à notre respiration, il ne peut y avoir cette libération par traversées successives des différents états que nous rencontrons, en allant toujours au-delà d’une stagnation dans chacun de ces états.

S’il n’y a pas une compréhension juste, il est fort probable que, ne comprenant pas le sens de notre pratique, nous allons très vite nous lasser, nous décourager et abandonner la pratique.

S’il n’y a pas une pensée juste, alors il faut s’inquiéter, car en l’absence d’une pensée de compassion, de bienveillance, il manque quelque chose dans la compréhension profonde de la pratique. Maître Deshimaru décrivait la pensée juste comme la conscience hishiryo, étant non seulement une pensée de compassion, mais aussi une pensée complètement libre, qui ne stagne sur rien.

Tous les aspects de l’octuple sentier sont reliés, interdépendants et ne concernent pas seulement les disciples du petit véhicule qui ont souvent été traités avec un peu de dédain par les penseurs du Mahayana, considérant que l’idéal du bodhisattva était nettement supérieur. Tout ce qui est de l’ordre du coeur, de la bienveillance, de l’attention aux autres, fait partie de l’octuple sentier.

Cet enseignement, il faut d’abord le connaître, s’en souvenir. D’ailleurs dans l’attention juste, il y a la mémoire et parfois, on parle de la mémoire juste. Ne pas avoir de mémoire, c’est ne pas être attentif. Se rappeler, cela veut dire pouvoir pratiquer constamment, que cela devienne une sorte de leitmotiv, la chose à laquelle nous pouvons repenser dans la journée pour saisir toutes les occasions de pratiquer cet octuple sentier.

Il est vrai que dans le zen, on dit souvent : “On fait zazen, on s’assoit et puis inconsciemment, naturellement et automatiquement, la voie se réalise”, croyant qu’en faisant zazen, tout va se résoudre de soi-même.

Si nous faisons zazen, nous plantons effectivement une base solide pour la pratique de la voie, mais si le Bouddha s’est donné la peine d’enseigner l’octuple sentier, c’est que tous les éléments de l’octuple sentier, et pas seulement la méditation, avaient leur importance, à condition qu’ils soient reliés à la pratique de zazen et qu’ils en soient l’émanation.

 

L’Octuple Sentier – 8. La méditation juste

La méditation juste

 

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Le dernier aspect de l’octuple sentier, c’est la méditation, le dhyana, la pratique de la concentration. Pour nous, c’est le zazen. Il n’est pas nécessaire de le développer beaucoup parce que vous le pratiquez tous déjà, et pourtant, c’est ce qui devrait être le plus développé parce que c’est la source de tout.
Dans l’enseignement des quatre nobles vérités et dans l’octuple sentier, la concentration juste appelée pratique de dhyana est enseignée un peu différemment de la manière dont est enseignée la pratique de zazen. C’est ce qu’on appelle la pratique des quatre étapes de dhyana.
Cela revient exactement au zazen mais c’est expliqué d’une manière plus didactique. Le Bouddha lui-même a souvent insisté sur ces quatre étapes de dhyana.
La première étape, c’est l’étape dans laquelle nous laissons tomber tout ce qui est de l’ordre des bonnos, des poisons, c’est-à-dire l’avidité, la haine, toutes les émotions négatives qui nous traversent dans la vie quotidienne. Nous nous asseyons en zazen et nous laissons tomber cela.
Nous laissons tomber également l’agitation, la somnolence, tout ce qui peut troubler. Subsiste dans cette première étape tout ce qui est de l’ordre de la réflexion, de l’observation, de la compréhension, de la pensée.

***

Dans la deuxième étape, nous laissons tomber tout ce qui est de l’ordre de la conscience personnelle, du mental qui réfléchit. C’est cela qui est effectif dans la pratique de zazen. Nous ne sommes pas en train de réfléchir, de cogiter, de méditer au sens traditionnel du terme. Nous laissons passer les pensées comme des nuages dans le ciel. Sans nous y attacher, nous les traversons.

***

En fait, les quatre étapes de dhyana, sont des traversées : première étape, on traverse tout ce qui est perturbations mentales de la vie quotidienne ; deuxième étape, nous traversons tout ce qui est de l’ordre de la pensée intellectuelle, de la réflexion ; troisième étape, nous traversons ce qui est de l’ordre des émotions plus subtiles comme la joie d’être là en zazen, d’avoir réussi à se libérer des émotions les plus négatives, de l’agitation, etc. Cette joie- là, le Bouddha disait qu’il fallait aussi la traverser, parce que si nous nous accrochons à la joie de la pratique, celle-ci restera limitée, c’est-à-dire que nous allons être tout le temps en train de rechercher cette joie de la pratique.

***

Enfin, le quatrième aspect que l’on traverse également sans s’y arrêter, c’est le bonheur de la pratique. Le bonheur est plus stable que la joie. La joie, c’est une émotion, donc cela va et cela vient. Le bonheur, c’est déjà quelque chose de plus stable. Même le bonheur que nous avons à pratiquer, nous le traversons, nous ne nous y attachons pas car sinon, cela va de nouveau limiter notre pratique.

***

Finalement nous aboutissons à un état d’équanimité, c’est-à-dire de grand calme intérieur, de sérénité, qui n’est perturbé ni par les émotions négatives de colère, de haine, de jalousie, d’impatience, ni par la joie ou le bonheur auxquels nous risquons de nous attacher et qui risquent de limiter notre pratique.
La pratique de l’octuple sentier a essentiellement pour sens, non d’arriver à un état de bonheur, mais d’arriver à un état de complète liberté ; libre de toute émotion, de toute stagnation, de tout attachement à quelque état que ce soit.
C’est la raison pour laquelle la pratique de dhyana est la pratique d’un esprit qui ne demeure sur rien. La pratique de zazen, c’est vraiment la méditation de la liberté de l’esprit qui devient comme un torrent de montagne, qui dévale une pente sans s’arrêter. Même s’il y a des obstacles, des rochers, il les contourne et il continue à dévaler la pente.

Spiritualité en action

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Accomplir des pratiques spirituelles sans accomplir d’actions désintéressées,

revient à construire une maison sans portes, ou une maison qui ne possède pas de voie d’accès.

Manuel Collas de La Roche, citant Amma,  dans l’émissions « Partir avec Marie Pierre Planchon » du 15/12/2013

http://www.franceinter.fr/emission-partir-avec-manuel-collas-de-la-roche-du-monastere-bouddhiste-au-cinema

L’Octuple Sentier – 7. L’attention juste

 

Pour le Bouddha, l’attention juste était la source de l’éveil. Dans le sûtra de Satipatthâna qui est venu peu après le sermon de Bénarès, il parle des quatre types d’attention juste, et à la fin de ce sûtra, il dit :

“Si vous pratiquez cela pendant dix ans, vous ne manquerez pas de réaliser la voie”, et puis “si vous le pratiquez pendant un an, vous ne manquerez pas de réaliser la voie.” Et à la fin, il dit : “Et même si vous ne pratiquez cela qu’une semaine, vous ne manquerez pas de réaliser la voie”, c’est-à-dire vous ne manquerez pas de réaliser l’éveil. Enfin, il disait qu’il avait réalisé l’éveil en pratiquant cette attention juste.

***

L’attention juste, c’est d’abord être attentif à son corps et à sa respiration. Cela inclut donc pour nous la manière de pratiquer zazen. Mais c’est aussi être parfaitement conscient et centré sur son corps à tout moment de la vie quotidienne, corps et esprit complètement en unité avec ce que nous faisons. Nous pouvons à chaque instant revenir à une conscience de notre respiration et c’est une source d’éveil, de calme, de concentration fondamentale, d’apaisement des émotions.

Dans un premier temps, être attentif à sa respiration, c’est observer comment nous respirons. Est-ce que ma respiration est longue ou courte, profonde ou superficielle ? D’où est-ce que je respire, avec le haut des poumons, avec le ventre ? Est-ce que je respire avec tout le corps ou avec seulement une toute petite partie du corps ? Est-ce que j’expire à fond ou est-ce que je n’expire pas à fond ?

L’attention à la respiration ne va donc pas être séparée de l’action juste. Il ne va pas y avoir d’action juste si nous ne sommes pas centrés dans notre respiration parce qu’à ce moment- là, nous allons agir sous l’effet de l’impulsion, d’une émotion, d’une manière mal contrôlée avec des gestes et des paroles désordonnées si nous sommes dans un état d’agitation. Alors que si nous sommes attentifs à notre respiration, la réponse a beaucoup plus de chances d’être appropriée, d’être juste. Tout cela, c’est le premier aspect de l’attention juste.

***

L’attention juste porte ensuite sur les sensations, qui peuvent être agréables, désagréables ou neutres. C’est être bien conscient de ce qui se passe en nous ici et maintenant. Si c’est agréable, ne pas s’attacher à l’agréable, si c’est désagréable, ne pas nécessairement rejeter le désagréable, mais être capable de reconnaître la sensation et de la traverser, d’aller au-delà. C’est ne pas constamment courir après l’agréable et fuir le désagréable. Il s’agit de tenir compte de ce qui arrive sans le dramatiser. Nous pouvons aussi nous appuyer sur nos sensations pour nous rendre compte que si nous éprouvons quelque chose de désagréable, il y a peut-être aussi quelque chose de réellement toxique dans la situation et qu’il vaut mieux changer ce qui se passe. Ce n’est pas seulement se changer soi-même.

Toute la pratique de l’octuple sentier est essentiellement axée sur le fait de se changer soi-même. La voie spirituelle n’est pas faire la révolution et changer le monde. Mais notre monde est conditionné par les attitudes de chacun et nous sommes un des éléments de la situation. Par conséquent, être soi- même concentré et attentif, va être un élément de changement de la situation extérieure. Il ne faut pas oublier que soi et le monde sont complètement interdépendants et que si nous avançons un tant soi peu sur la voie, nous faisons avancer également le monde dans lequel nous vivons.

L’attention aux sensations ne consiste donc pas seulement à les traverser, mais également à s’interroger sur ce que ces sensations nous disent de la situation. Elles sont aussi un signe (comme les émotions) qui peut nous guider vers le fait qu’il y ait quelque chose à faire.

***

Le troisième aspect de la pratique de l’attention juste va être la compréhension de nos différents états d’esprit. C’est essentiellement la compréhension de “est-ce que je suis maintenant concentré ou dispersé, agité ou calme ? “

C’est être capable d’être très rapidement conscient de l’émotion dans laquelle nous nous trouvons de manière à capter la signification de nos émotions et de nos sensations. Parfois, la colère peut être justifiée parce qu’il y a quelque chose d’injuste. Mais être conscient de ses émotions, c’est surtout éviter de réagir impulsivement, car cela produit généralement de très mauvais résultats et c’est même dangereux. La pratique de zazen nous enseigne que, quelle que soit l’émotion, la sensation ou la pensée qui nous anime, lorsque nous faisons zazen, nous restons immobiles, ce qui nous permet de pouvoir différer la réaction, et donc de pouvoir agir non pas uniquement en réaction, mais en conscience avec un réel engagement.

***

Enfin, le quatrième aspect de la pratique de l’attention, regroupe l’attention aux objets mentaux, c’est-à-dire, à toutes les pensées. C’est un champ extrêmement vaste. Le Bouddha y incluait même toutes les pensées qui concernent le Dharma, c’est-à-dire qu’il mettait dans l’attention aux objets mentaux, l’attention aux quatre nobles vérités, ce qui signifie qu’un moine doit être constamment attentif et se rappeler les quatre nobles vérités. Nous voyons donc bien dans cet exemple que la pratique de l’attention, qui est un des huit aspects de l’octuple sentier, inclut en elle- même la totalité de la voie du Bouddha.

 

Les Six Paramitas

 

_MG_1974La pratique des six paramitas est particulièrement développée dans le bouddhisme Mahayana et donc dans le Zen. On dit que chaque paramita contient toutes les autres.

Ces six perfections sont : la générosité, l’éthique, la patience, l’effort enthousiaste, la concentration, la sagesse.

 

La générosité (Dâna)

La générosité c’est l’intention du don avec une intention pure, c’est le don effectué avec une pensée de compassion. Il ne s’agit pas de pratiquer la générosité uniquement pour ceux qu’on aime, mais d’englober la totalité des êtres qui en ont besoin.

Le don n’est pas que matériel et on peut distinguer trois types de dons :

–          Le don d’objet, de bien matériel, d’argent,

–          Le don de la sécurité : protection de tous ceux qui ont peur ou sont menacés,

–          Le don du Dharma, d’explications sur la pratique du bouddhisme.

Le don doit être l’aboutissement d’une motivation juste, la générosité étant une philosophie de vie à part entière.

 

L’éthique (Shîla)

L’éthique consiste à s’exercer dans toute les attitudes du corps, de la parole et du mental et éviter tout acte négatif ou nuisible pour les autres. On peut distinguer trois sortes d’éthique :

–          L’éthique qui évite tout comportement négatif,

–          L’éthique qui met en œuvre des comportements positifs,

–          L’éthique qui accomplit le bien des autres.

 

La patience (ksânti)

La patience signifie avoir un esprit non perturbée par des émotions. On distingue plusieurs sortes de patience :

–          La patience face à ceux qui nous veulent du mal : diriger notre colère contre les causes qui amènent notre “agresseur” à agir ainsi et non vers la personne elle-même,

–          La patience face à ce qui nous dérange, face à la souffrance : ne pas sentir d’irritation et transformer la souffrance ou l’obstacle en appui,

–          La patience face à ce que nous ne comprenons pas : nous devons faire preuve de patience par rapport à la voie du Dharma et accepter que le chemin puisse être long.

 

L’effort enthousiaste (vîrya)

C’est une attitude déterminée, résolue et joyeuse à pratiquer le Dharma et atteindre l’éveil. Cette attitude s’oppose aux trois paresses :

–          La paresse qui remet à plus tard,

–          La paresse qui s’occupe d’autre chose,

–          La paresse qui se décourage devant les difficultés.

 

La concentration (dhyâna)

La concentration consiste en s’établir dans la méditation, maintenir son esprit concentré et atteindre le calme mental. On distingue trois degrés de concentration :

–          Le premier c’est de parvenir à la pacification mentale par la méditation,

–          Le deuxième consiste à développer les qualités propres à la médiation,

–          Le troisième amène à développer un état de concentration pour accomplir le bien des autres.

 

La sagesse (prajñâ)

La sagesse c’est la connaissance, l’intelligence; c’est la réalisation.

On distingue trois sortes de sagesse :

–          La sagesse conventionnelle : connaissances temporelles, qu’il s’agisse de culture, de sciences, tout ce qui touche au monde présent,

–          La sagesse ultime : réaliser le non-soi et l’absence des phénomènes,

–          La sagesse bénéfique aux autres : connaissance profonde des autres pour mieux les aider.

 

Extrait du site d’un pratiquant, Anshu,

de la lignée de Gudo Wafu Nishijima : http://zafu.eklablog.com/les-six-paramitas-a710466

 

L’Octuple Sentier – 6. L’effort juste

_MG_2035L’effort juste

L’effort juste est la première des trois directions que l’on peut regrouper dans un ensemble appelé la méditation : effort juste, attention juste et méditation juste.

Ainsi, ce que nous appelons l’effort juste, ce n’est pas l’effort forcené que nous pourrions faire avec un esprit de compétition avec nous- même pour atteindre un but. C’est plutôt l’effort constant, la pratique constante qui ne se décourage pas, qui n’aboutit pas à une mortification.

Il donc est important qu’il y ait un équilibre dans l’effort juste. Il est également important d’intégrer dans l’effort juste l’esprit mushotoku, car si l’effort est fait avec la motivation d’atteindre un résultat pour soi- même, cela va transformer la pratique en une sorte de quête de profit, qui sera l’opposé de la libération. Si nous nous efforçons par exemple de pratiquer pour obtenir le satori, si notre pratique est entachée du but d’obtenir quelque chose pour nous-même, et que pour cela, nous faisons énormément d’efforts, nous devenons alors les esclaves de la voie au lieu de rentrer dans une voie de libération.

L’effort juste, c’est pratiquer chaque chose comme étant la voie de la réalisation elle-même.

Ce n’est pas un effort en vue d’autre chose, mais c’est mettre toute son énergie dans le fait de pratiquer chaque chose comme étant la chose essentielle, et non pas dans une perspective dualiste d’un effort qui est un moyen pour atteindre autre chose.

Comme vous le savez, dans la vie sociale, il y a énormément de gens capables de faire des efforts, parfois pour le meilleur, pour de bonnes causes, mais aussi pour le pire. Donc l’effort seul n’est pas un signe d’évolution sur la voie qui dépend aussi de l’orientation de cet effort.

Dans la voie du zen, c’est essentiellement considérer chaque instant de la vie comme l’occasion de réaliser la voie, et en même temps, percevoir qu’à travers cette action, nous sommes reliés aux autres. Dans l’effort juste, il y a donc aussi l’effort qui consiste à pratiquer avec les autres, en tenant compte d’eux et en s’efforçant de créer ensemble les conditions d’une pratique qui permette d’avancer ensemble sur la voie, sans que nous soyons chacun en train de ramer seul sur notre petite barque.

 

C’est notamment ce qui se réalise dans une sangha, une communauté spirituelle de gens engagés dans la même direction de pratique de la voie : l’effort harmonisé de tout le monde aide chacun à avancer. Ce n’est donc pas un effort pour nous- même où nous essayons d’être les premiers à nous sauver en courant plus vite que les autres.

L’Octuple Sentier – 4. L’action juste

_MG_1948L’action juste

 

L’action juste est l’action qui respecte les préceptes (qui ne sont pas autre chose que l’expression de l’éveil comme le disait Bodhidharma : finalement tous les préceptes sont contenus dans la nature de Bouddha).

Le sens de l’éveil dans la voie du zen, c’est de s’éveiller à notre véritable nature. Si nous nous éveillons à notre véritable nature, les préceptes seront respectés : nous ne pourrons pas commettre de mal et faire souffrir les autres parce que nous serons animés par un sentiment de compassion … et les préceptes deviennent donc inutiles.

Mais avant cela, il y a souvent un long chemin à parcourir pour abandonner ses conditionnements et se purifier des « poisons » qui nous font souvent agir avec avidité ou agressivité. Sur ce chemin, les préceptes sont évidemment un bon guide pour éviter de créer de la souffrance et de tomber dans des actions qui ne sont pas justes.

Donc, dans l’ordre de l’action, ce sont essentiellement les préceptes de ne pas tuer , de ne pas voler, de ne pas s’intoxiquer et de ne pas créer de souffrances à travers la manifestation de ses désirs sexuels, c’est-à-dire en les laissant s’exprimer d’une manière égoïste, traitant l’autre comme un objet au lieu d’être un partenaire respecté et en direction duquel le désir sexuel va toujours de pair avec l’amour, la sympathie, la bienveillance et pas seulement avec le désir purement pulsionnel qui fait qu’il n’y a pas de lien entre l’action sexuelle et le sentiment.

En résumé, l’action juste, c’est l’action qui vise à nous faire véritablement actualiser notre pratique. Alors, l’action juste va être la pratique de ce qu’on appelle le gyoji, c’est-à-dire une pratique quotidienne qui va commencer par la pratique de zazen, qui est l’action juste par excellence. C’est-à-dire revenir régulièrement au dojo pratiquer, se ressourcer à ce qui va pouvoir inspirer le reste de nos actions, dans la vie quotidienne et dans l’esprit de la voie.