La rédaction de Shikantaza a sélectionné pour vous un article de Jean François GANTOIS . que nous avons choisi de publier in extenso.
Méditation et prière
Dans le Dharma et les monothéismes Le mot prière, n’a pas exactement le même sens dans le Dharma et dans les autres religions. En effet il ne s’agit pas, pour un méditant bouddhiste, d’une requête de la créature à son créateur, ni même d’une rencontre avec celui-ci, cette dernière acception étant toutefois plus proche du Dharma. Dans l’enseignement du Bouddha, il n’y a pas de Dieu, surtout de Dieu créateur. L’équivalent de Dieu est la nature de bouddha, potentialité de tous les êtres, et Pascal n’était pas loin de l’enseignement du Bouddha, lorsqu’il disait : « Dieu est un cercle dont le centre est partout et la circonférence nulle part. »
Une requête pour libérer les êtres
La prière bouddhiste est une requête auprès de tous les Bouddhas des trois temps et des dix directions de l’espace pour qu’ils aident tous les êtres à se libérer de la souffrance. Mais cette requête commence, dans les écoles du Vajrayana, par : « Jusqu’à ce que soit atteint le coeur de l’éveil, je prends refuge en le Bouddha, je prends refuge en le Dharma (son enseignement) je prends refuge en le noble Sangha (la communauté des êtres éveillés). » L’expression « jusqu’à ce que soit atteint le coeur de l’éveil » est très importante car elle signifie que, ultimement, c’est en nous, non pas tels que nous sommes actuellement, mais en notre potentialité d’éveil que nous prenons refuge. Ultimement, nous sommes nous mêmes bouddha, parfaits et objets de refuge ! Généralement, la prière est présentée comme des voeux formulés pour le bien, l’éveil, de tous les êtres. Dans le Dharma, le mot méditation n’a pas non plus le même sens qu’en Occident où elle signifie réflexion paisible et profonde sur un sujet donné. Il est à peu près synonyme de recueillement, voire de contemplation dans le christianisme. La méditation bouddhique commence par une prise de refuge en les Trois Joyaux (Bouddha, Dharma, Sangha). Cette méditation est une façon de réaliser le calme mental pour apaiser son esprit afin qu’il devienne transparent et que le méditant puisse déterminer lui-même quelle est la nature de son esprit et que sont les pensées et les émotions conflictuelles par rapport à l’esprit, comment elles naissent et disparaissent. La métaphore traditionnelle est celle du lac battu par les grands vents de nos émotions conflictuelles, avec des vagues et une opacité de l’eau due à la vase qui, remuée, ne stagne pas au fond. La pratique consiste à apaiser ces vents et à observer, sans toutefois tomber dans l’écueil de la dualité, à savoir un observateur et un observé si l’on se juge. Donc, on adopte une position dont l’essentiel est la colonne vertébrale bien droite. Si possible les jambes croisées dans la posture du lotus. Le menton est légèrement rentré, la langue contre le palais, la bouche close mais les dents non serrées, les yeux mi-clos, le regard immobile sur un point de contrôle qui ne doit pas devenir un point d’hypnose. Les mains l’une sur l’autre, généralement la droite sur la gauche les pouces légèrement relevés de telle sorte que leurs ongles se frôlent. Si l’esprit est trop tendu, les pouces vont se lever, s’il est trop relâché, les pouces vont baisser. Le plus simple, pour commencer, est de se concentrer sur sa respiration. On ne fait qu’un avec. On est le souffle. Lorsque des pensées, des émotions, des images, se présentent à l’esprit, on ne les suit ni ne les chasse. On les prive d’énergie en ne les suivant pas. On demeure seulement conscient de leur apparition et de leur disparition.
La méditation génère la sagesse
C’est à partir de cette expérience que l’on trouvera réponse aux questions existentielles fondamentales. A force d’entraînement et de persévérance, on peut aller jusqu’à l’éveil, à condition d’accompagner la méditation, qui procure la sagesse, de celle des vertus, dont la première est le don, c’est-à-dire la charité, vertus que l’on nomme moyens habiles. Il faut évidemment beaucoup d’entraînement et de persévérance, de telle sorte que la méditation devienne ininterrompue, et soit la seule attitude de notre esprit dans tous les moments de notre vie. Ce n’est pas au bout de quelques minutes, que l’on peut réaliser l’état de bouddha et accéder à la félicité ultime !
Une méditation bouddhique se termine par une dédicace du bienfait de la pratique au bénéfice de tous les êtres.Chacun peut aborder cette expérience.
C’est à la fois fort simple et infiniment compliqué, car c’est notre esprit qui est compliqué.
Extrait de la revue « la lettre des compagnons du Dharma »-n°4 article de J.-F.Gantois .
Méditation et prière dans le Dharma et les monothéismes